Dérèglement climatique


Aujourd’hui j’ai froid. Je vois une engelure. C’est blanc. Ça craque un peut quand je la regarde.
J’ai traversé l’hiver.
J’ai froid. Mes doigts n’ont plus bougés depuis longtemps. J’entends le craquement, j’entends les sons des os. Ils m’appellent. C’est peut-être ça vivre. Entendre les intonations quand on n’a plus la force de les comprendre.


Tout est flou. J’ai avalé le brouillard. Il s’est immiscé dans mon cerveau, dans mon âme. Devant mes yeux. IL y a, à la place de ce que je voyais la vie des autres voyageurs égarés que je crois avoir croisés. Ils traversent mes doutes. Ou même, au contraire. Ils donnent une direction. Je la suis dorénavant sans en savoir la vérité.

J’ai laissé aller mon corps au mélodies enchanteresses. J’ai entendu les sons qui m’ont semblé magiques car quand il gèle, agir c’est souffrir. Pourquoi lever ses bras quand le vent te pousse ? Pourquoi bouger ses jambes quand la neige nous berce ? Pourquoi inventer de nouveaux chemins quand le brouillard fait nos réseaux et nos marches? J’ai perdu le sens caché derrière le froid. Il s’appelait moi. Je lui donnait un nom, il était beau . Enfin c’est comme ça que je m’en souviens.

De ce qu’il me reste de souvenirs, il m’amenait là où je le décidais. Il était ma chaleur rassurante où je pouvais me réchauffer quand l’inconnu s’ouvrait à moi. Il était possible de le regarder tout en dedans quand je ne savais pas quoi faire. Il était ma solution, mon demi dieu aux chuchotements rassurants. Je n’avais qu’a le voir et dire « je sais ».

J’ai perdu ma boussole et aujourd’hui il fait froid. Je suis porté par autre chose, par des mots auxquels je ne porte plus de sens car il ne m’appartiennent plus.

Je ne sais plus ce que je pose comme pas, je ne sais plus ce que je porte, je ne sais plus ce que je battis. Les bâtiments qui se construisent et furent construits devant moi me sont connus car c’est ainsi qu’il est dit. Il ne me reste que le froid. Sensation ultime et guide sinistre.
Il me fait voir des battisses aussi gigantesques que terrifiantes. Elles ont des visages pleines de yeux, de dents et ils me scrutent. Les yeux bougent quand on me pousse comme pour dire « on a voulu que tu sois là ».

Je suis terrifiée.

J’ai peur de ce que je ne connais pas. J’ai peur de ne plus comprendre. J’ai peur de ce que je vois. Ces formes me font mal. Je sais que ce que me dit le brouillard n’est pas moi, je sais que la fournaise est partie. Il n’y à plus que les glaciales tempêtes forcés du vent du monde.

Le reste. Foutaises de preneurs de temps, de bouffeurs de certitudes et avaleurs de dominations.

Mon « je », aussi précieux qu’il était, m’a été arraché. Je regarde mes mains. Elles sont bleues.

Il me reste mes cris et mes sensations.

Pourtant….

Au dedans, vers mon cœur. J’entends les chœurs armés qui attendent la guerre. Ils me tabassent à vivre. De vieux engrenages dont je n’ai jamais entendu l’existence. Ils étaient enfoui tout au fond. Le brouillard à voulu le cacher. Les visages des autres et les réseaux des autres me l’ont fait ignorer.

Je l’entend cliqueter, broncher, grogner comme ces grandes battisses. Les rouages me disent des choses… Je les entends tourner Je les entends s’enclencher dans une marche sourde et continue.

Boum crac, splank ou quelquechose du genre.

J’y vois plus clair.

Mes yeux se baissent et j’entends le craquement, celui de la victoire. Celle contre le monde, celle de l’existence qui me gèle car j’existe.

Boum, crac.

C’est plus régulier.

C’est plus fort.

C’est plus présent.

Je baisse mes yeux, ma jambe tremble. Mon genou vibre.

Je fais un pas, mon tout premier.

La neige craque. Je ne tombe pas.

J’ai chaud

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