Portrait d’un roi



Assis sur une terrasse d’un village de campagne…

     C'est un village en plastique. Les maisons sont toutes rénovés. Elles brillent et reflètent les rayons du soleil de septembre sans les transformer en parcelles d'imaginaire. Elles absorbent la lumière pour lisser ce qui n'est pas encore lisse. L'asphalte est d'un noir collant, le marquage relui. Je ne croise que des individus aux têtes amusantes. Ils racontent l'histoire du calme et du mépris.
     Assis sur table d'une terrasse au centre ville j'observe des personnages. Ils dégagent l'histoire du temps.
     Il est 10h30. À ma gauche, un homme aux cheveux gris. Une moustache taillée approximativement qui tombe de manière inégale de part et d'autre de ses lèvres. Elles sont jaunies. Le visage doit piquer. La barbe est rasée avec une tondeuse à gazon. Sa couronne est une casquette bleu marine et une paire de lunettes de soleil rectangles couvre ses yeux. Il porte un short noir de sport d'où sort deux jambes veineuses et croulantes sous le poids de leur propriétaire. A l'inverse, ses chaussures sont entretenues même si les semelles semblent usée. La semelle droite s'incline de manière irrégulière probablement dû à son maintien sur sa canne. Il marche difficilement. Son ventre bedonnant fusionne avec un Marcelle bleu d'où sorte de vigoureux poils de torse et de long poils de bras. La peau semble être tirée, collée, usée et ridée.

     Il s'est assis après avoir tremblé de tout son corps avant de s'effondrer lourdement sur la chaise en plastique de cette ville en plastique. Il observe depuis cette terrasse artificielle le monde avec ses jambes veineuses écartées tel un prince.
     Il commande à 10h30 un verre de vin blanc, le sien Il le prend sûrement tout les jours. Une fois servit assis sur son trône qu'il occupe depuis plusieurs années, il amène son bras tremblant de maladie vers le calice divin qu'il porte à ses lèvres. Il le repose avec difficulté puis fouille dans sa poche. Il sort une cigarette ( industrielle évidemment ) et fume sa cigarette millénaire.
     Il est le prince des lieux, le roi de l'habitude. Le temps est pour lui un facteur de corrosion et non de changement.
     Il finit son verre après avoir observé son peuple qu'il voit tout les jours. Il est 10h45.
     Il saisit son sceptre  et s'appuie dessus pour lever son corps cristallin.
     Il serre sa banane en cuir comprimée autour de sa taille. Elle met en valeur sa bedaine royale.
     Il se met en marche en tremblant. Chaque pas lui coute.

    Personne ne le suit.

Demain il reviendra à la même heure promulguer sa chaise comme territoire sacré.
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