Je suis un passage ; un vieux où on s’arrête
J’attends.
Je ne regarde plus. L’ombre est à gauche, à droite. La pénombre est devant, derrière.
Rien.
De mes mains viennent du froid.
J’ai dû me couper une ou deux fois,
pour comprendre le langage de mes mains.
J’ai tout cartographié, tout cartographié.
Rien.
Je suis un passage ; un vieux où on demande conseil.
Alors j’imagine, j’invente des paysages. Je décris le rouge, je décris le blanc.
Je devine leurs sourires, ils n’halètent plus.
Ils se disent «c’est donc ça que je vois, c’est donc ça que j’ai vu »
Et ils repartent le temps de trouver une sortie.
Je suis un passage ; un vieux qui ne cherche plus.
Vous savez, quand ils voient enfin du blanc.
Ils voient mes paroles faussent, remarques mes mensonges .
Et ils sortent, le cœur tout chantant.
Je suis le passage, le vieux tronc d’arbre
Je suis le passage… l’aveugle qui attends
Pour raconter son histoire
Aux voyageurs tremblants.