Ecrit lorsque j’étais serveur. J’ai tenté maladroitement (comme à mon habitude) de retranscrire mon quotidien.
Journal d’un condamné à vivre.
Jour 1 :
Tout s’est enchaîné comme prévu. La mécanique fut huilée. Rêves interrompu par mon réveil. Frustré car rêves chouettes : a rêvé d’un voyage. Je descendais une pente en vélo dans un parc en coupant par l’herbe. Arrivé sur le chemin en terre, je vis que la roue avant de mon vélo neuf était à l’envers. Le guidon était pourtant droit mais la roue n’était pas à sa place. Je pédalais et malgré ce dysfonctionnement le vélo tenais sa trajectoire. J’aurais aimé en connaître plus.
Réveil repoussé de 15 minutes. C’est comme ça que l’on se croit libre. A repousser ce qui sera : une journée banale.
Allume son ordinateur. Clique machinalement sur Youtube, lance une vidéo suggérée que je ne me souviens plus. Cherche à rouler une cigarette. Où sont mes feuilles ? En trouve une par terre d’un ancien paquet. Satisfaction. Roule puis fume dans l’attente du travail. Fume la cigarette à moitié. La pose dans un cendrier improvisé de sauce mcdo vide. Prend du lait de riz, déjeune ses muesli. Regarde des vidéos. Calcule le temps des vidéos à regarder en regardant l’heure. Il me reste une heure trente. Il me reste 1h25 etc… On trouve sa joie dans l’attente. C’est comme ça que l’on fait quand on ne veut pas travailler.
S’habille d’habits à peu près propres
Va au travail : appelle sa mère sur le trajet. Tout va bien elle n’est pas folle. Parle les quinze minutes du trajet de la folie et de la réalité. Tout le monde est fou, mais à plusieurs tout est normal. On se donne des airs d’intellectuel pour y croire. Chacun sa croyance. Certains s’attachent à un dieu, moi à mon intelligence. Ca permet de se donner des airs. Et d’en trouver, de l’air. Alors on pense des trucs plus où moins profond pour se dire que aujour’dhui on a découvert un truc. Truc qui nous sortira quelques minutes de cette mécanique auquel on participe. Arrivée au travail. Se dit qu’il ne m’aura pas ce boulot.
Je sors du weekend, je suis optimiste.
Préparation de la salle. Prépare les carafes d’eau, redresse les tables. Va dans la cave, range les bouteilles. Se dit que c’est physique ça me fait du bien. Je suis fort, je peux les porter. Dingue.
Demande son repas au chef. Attends son repas. 30 minutes pour lire et penser. Schnitzler sympa le gars. Sens un truc qui me dérange. Il affirme. J’en ai partout de l’affirmation. N’arrive pas a apprecier sa lecture. Sauf un truc sur la vanité. Elle serait un besoin d’attention. Banal comme idée finalement.
Début du service. On va se faire croire content.
Du monde. Je cours cours et cours. Comme d’habitude. Enchainement des table. Prend un air assuré. Un serveur ça impose. Il est debout et le client assis. Me dis que je dois avoir des résidus de besoin de domination. On s’improvise psy.
Ouverture de l’étage. Enchaine son service en se disant que laisser son cerveau est une solution. Le laisse au profit de l’action. On va essayer.
Clients ennuyeux. Sauf un type avec écrit « service ambulancier » sur le dos de son pull. Il doit en voir des trucs. Il semble gentil et solide. Le genre de gars qui face a l’horreur te lâche une vanne et fais rire le premier des tragédien. Ils parlent permis de conduire. Une conversation quoi. Rien d’intéressant.
Le service se calme.
Reviens sur son idée de ne pas penser. Oui mais me dis-je. On ne peut pas ne pas penser. Ca n’existe pas un individu qui ne penses pas. Me voici piégé. Se dit que je comprends ce que ressens un prisonnier. Il n’a que l’espace entre ces 4 murs pour exister. Je ne suis qu’un enfermé.
Montée de larme.
Se reprends.
Je ne lacherais pas.
Pause donnée par mon responsable. Je m’effondre à l’entrée de la cave. Voit un type du restaurant d’à coté. « ça va le service ? Oui ça va. Vous avez fais combien ? Nous 30 couverts tranquille. » etc.. etc… Me souviens juste du bon courage qu’il me lance quand je retourne travailler.
Fermeture. Energique. L’idée de finir tôt me tiens. Rentre. S’achète des feuilles, grandes pour mon pet sur le retour. Revenu dans mon appartement. Retour à la case départ. Appartement toujours au sale. Imagine ce qu’il pourrait être si il était rangé. Et si je déménageais ? Ça me coûterais un bras que je n’est pas. Me tiens toujours à l’idée de ne pas travailler.
Ouvre sa boîte à repas, la lance dans le four.
Roule son pet.
Ecrit.
Va regarder quelques vidéos. Vérifie son réveil, dans 6H30 de sommeil et on recommence.
Jour 15
Muscles tirés ce matin. Cernes présent. Dormi 6 heures. Une sorte de combativité de désespéré me tiens. Le travail n’aura pas raison de moi. On nous donne des bravo après. Youpi.
Jour 45
Attends que tout s’enchaîne. Ne trouve plus les mots. Ils disparaissent. Avalés par le réel ou les autres. Un filet de répétition vient entourer mes restes. Petite motivation avant le service. Remarques gratuite ou expliquables en fonction de la vue par un responsable. Vexation. Pause. Légère respiration. Fermeture. Nouvel essor de joie. Je vois la petite sortie. Légère lumière. Trop lent a leurs goûts. Et puis on ferme. On sort. On se pose un peu et on attends.
Demain aussi identique et similaire avec quelques variations. Les insultes seront peut-être différente. Qui sait. Avec son avenir on peut toujours être surprit.
Jour 46
Dormit 4 heure. Va tenir, part serein. Confond l’habitude de la fatigue avec sa sensation de bien-être. Paré a se faire haïr parce qu’ils ont raison et parce que j’ai tort.
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Étrange énergie sortie des catacombes de ma volonté. Comme si face au désastre il ne restait plus que le combat ou l’effondrement. Ils furent satisfait de mon travail. Aucune insultes. L’orage n’était pas à la haine aujourd’hui. L’un s’est même intéressé à mon existence. Est-il sensible ? Ou sommes nous tous des fatigués qui par instant surprenons sous la lourdeur de nos cernes une vague forme ressemblant à un semblable?
Est rentré.
Sieste baveuse. A encore rêvé du travail. Comme le reste. C’est ainsi.
Jour 51
Sort de repos. Petite respiration avant d’y retourner. Réveil raté. A révé d’un type qui assassinait une voleuse. Elle volait pour sa fille. Il s’en voulait tellement qu’il désertait son commerce et fuyait dans un gare. Il l’a abattue de plus d’une dizaine de balle.
Savait que c’était un rêve.
A raté son réveil. Reste 15 minutes environ pour me préparer. Pas de temps pour avoir sa petite bulle pré-travail. J’ai du temps pour écrire ceci dit. Soit. Peut-être que je me sens mieux.
Idée de quitter ce travail. L’espoir d’un vie meilleur fait sourire. On y croit pire que le premier des religieux.
Jour 52
Injustice. Moi le serveur qui n’a que l’obéissance pour se prétendre professionnel s’est fait crier dessus par les cuisine pour une erreur du manager. Je suis peut-être responsable. Service avec les larmes en yeux. Remercie le coronavirus de nous faire porter des masques. Plus tard le chef rit avec nous. La colère ne leur laisse apparemment aucun traumatisme ni résonance. Ils doivent-être immunisé. Dispute entre le chef et le responsable. Trop d’ego de chaque coté pour discuter. L’humain toujours l’humain. A l’habitude. Aucune erreur de mon coté. Ce soir je me coucherai avec comme seule cicatrices les marques des cris des cuisine. Pense enfin a démissionner. L’espoir maintien autant que la rage.
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Jour 70
A démissionné. Epuisé, étalé par terre. Enfin presque libre.