Me voici à fuir « l’actif » comme un pestiféré. Je ne souhaite ni le voir ni même le penser.
Voir la bave d’hommes épuisés dégouliner me dégoutte infiniment. Elle tombe le plus souvent par grosse flaques sortant de bouches trop fatiguées pour se refermer.
Je me nettoie lentement de cette bave qui colla jusqu’à mes os. Il m’arrive encore lorsque je promène parmi eux de glisser sur ces flaques visqueuses laissée par quelques travailleurs. Je me salis encore pour la journée, je peste un peu puis me rappelle que lutter c’est se transformer en homme. Je me ressaisis de suite et retourne en courant dans mon terrier. Je m’allonge, respire le plus lentement possible. J’agrippe mon lit, un livre, une idée, une phrase, un mot, une lettre, n’importe quelle fuite pour ne plus ressentir cette bave qui glisse encore sur moi. Elle me brûle et la brûlure s’accentue par le souvenir de mes brûlures passées. Comme ces cicatrices presque refermées qui restent douloureuse lorsqu’elles sont un peine effleurée.
J’aime l’aristocratie de la flemme, cet allongement quotidien de mon corps. Je m’approche des morts, tranquille et inexistant. Je sens que la bave s’évapore. Elle s’échappe par ma fenêtre dans un nuage liquoreux et épais. Un homme de passage dans ma ruelle voit ce nuage , il approche ses lèvres, aspire un grand coup et avale d’une inspiration cette vapeur qui me prit des heures à évacuer.
Il part ensuite, l’air satisfait et disparaît de ma vision.
Il portait le costume de ceux qui ne bavent plus depuis longtemps.