Je suis redevenu cadavre. Je suis blanc, hâve. Je résonne ce silence des fins de mélodies. Je suis sur mon fauteuil. Je n’applaudis pas. Je veux un rappel, un bis, un ter. Je veux que l’orchestre joue encore ces sons qui m’ont dévorés. Je vois des gens se lever de leurs chaise encore engourdis du concert. Ils partent insouciants, bavardent déjà sur la suite. Certain pensent au restaurant qui les accueillera, d’autres au lit qu’ils rejoindront.
Ils ne savent pas ce que moi j’ai entendu.
Ils devraient rester et attendre. Comme moi, petit point noir de la foule. Ils devraient attendre que ce silence s’arrête, qui s’arrêtera. Je sens les musiciens reprendre. Ils vont sortir de nouvelles partitions, ils vont à nouveau me surprendre. Je sais que la compositrice cache une suite. Je sais que le chef d’orchestre à sous son pupitre la vrai fin de la Symphonie. Il va reprendre sa baguette et relancer, d’un élan vif du bras, la machine musicale vers de nouvelles sonorités. Il va le faire.
Pourtant, je suis toujours assis et rien. La salle se vide doucement de ses algues humaines. La tête dans mes mains. Je regarde d’entre les barreaux du dernier étage où je suis les derniers musiciens quitter la scène. Les chaises sont vides, les pupitres s’enlèvent tour à tour.
Jouez ! Jouez ! Un accord, une note, un son, un grattement ! Redonnez moi vos chants, vos airs ! Que les violons fouettent mon visage, que les cuivres m’aspirent, que les percussions vibrent ! Vous le chef qui m’avez dirigé le temps d’un chant, reprenez le contrôle de vos hommes et dites leur qu’aucune mélodie ne possède de fin. Dites leur que le monde à un chant et que le monde doit l’entendre. Transformez nous en pantins magique, en poupée géante ! Ne me ramenez pas, laissez moi là bas dans le bruit de vos harmonies…
La salle est vide. Le brouahah de ceux qui sont partit vivre dehors ne se fait plus entendre. Il ne reste plus que moi assis en haut du dernier étage dans un coin, là où siège les pauvres.
Mes os me font mal, mes mains s’engourdissent. Ma tête est reposée comme un rocher millénaire. Je regarde. J’attend. Je ne bouge plus.
Un jour, un balayeur vit en haut à droite sur un strapontin là où siègent les pauvres, une statue d’onyx. Elle ressemblait à un squelette plié sur lui même. Elle semblait regarder un point fixe entre ses mains. Il grimpa en haut à droite vers les strapontins là où siègent les pauvres et s’approcha du monolithe, craintif. Il pu voir de plus près les yeux fixe de la tête du pantin squelettique fixé sur la scène.
C’était la statue de l’homme qui espère qu’un jour, un musicien lors d’une répétition regarde en haut à droite vers les strapontins là où siègent les pauvres. Et voit lors d’un silence, l’homme qui attendait le mouvement de la cinquième Symphonie.